RÉVOLTES ARABES ET RÉPRESSIONS NÉO-COLONIALES
Robert Bibeau:1/2
Le monde arabe est extrêmement complexe, les groupes religieux sont
nombreux, les communautés ethniques encore davantage, les nationalismes
toujours exacerbés, à dessein, par moult puissances étrangères
implantées là depuis le XVIIIe siècle et même avant. Chaque puissance
européenne, puis les États-Unis et aujourd’hui la Chine impérialiste
sont venues sur ces terres se tailler un petit empire qu’aucune
puissance coloniale n’a jamais voulu abandonner.
Après le colonialisme classique, la domination étrangère a fait place
depuis cinquante ans au néo-colonialisme ; le repartage des zones
d’influences coloniales est aujourd’hui à l’ordre du jour car les
puissances impérialistes montent ou déclinent selon le développement
économique contemporain ceci entraîne un repartage des marchés, des
sources de matières premières, des zones d’exploitation de la
main-d’oeuvre.
Le néo-colonialisme a ceci de particulier qu’il s’accommode de
l’indépendance formelle de ces pays semi-coloniaux. Il l’exige même, car
il est plus facile d’exploiter les ressources naturelles nationales et
le travail des populations locales sous la supervision d’une bourgeoisie
nationale véreuse et soumise, vivant des prébendes et des ristournes
sur ces richesses que de tenter de contrôler et d’administrer
directement ces populations indigènes toujours enclines à se révolter et
à stigmatiser les méfaits des puissances étrangères coupables de leur
déchéance (1).
Dorénavant, mise à part la bourgeoisie palestinienne qui n’a toujours
pas obtenu son petit État bien à soi, à administrer pour le bénéfice des
colonialistes israéliens - mais ça ne saurait tarder suite à l’accord
de collaboration entre le Hamas et le Fatah (2) - toutes les autres
bourgeoisies nationales, castes ou tribus arabes, berbères, kurdes,
druzes ou alaouites ont maintenant leur domaine, leur zone géographique
auxquels on a donné le nom de pays, de territoires autonomes, de
royaumes, d’émirats ou de sultanats, etcétéra.

Ces nations créées à partir de divisions tribales, ethniques et
religieuses se forgent peu à peu un vouloir vivre collectif sur des
territoires étatiques le plus souvent reconnus, balisés (frontières
délimitées et acceptées, et gouvernement légiférant légalement), dans
un environnement économique national fragile mais tout de même existant
et en phase de consolidation. C’est pour cette raison que nous affirmons
que se sont de véritables nations (tunisienne, égyptienne, syrienne,
libyenne, irakienne, yéménite), ayant en commun la langue arabe, qui
sont en émergence et en cours de consolidation et qui luttent chacune
pour leur véritable indépendance. C’est dans ce contexte
qu’interviennent les agressions néo-coloniales prenant appui sur des
sections de classes bourgeoises nationales totalement inféodées aux
intérêts d’une puissance impérialiste ou d’une autre (France,
Grande-Bretagne, Italie, États-Unis, Russie, Chine).
C’est sur cette toile de fond impérialiste et collaborationniste de
manigances, de complots, d’exactions, de dictatures bourgeoises ou
aristocratiques moyenâgeuses que l’on peut et que l’on doit analyser et
comprendre la série de révoltes populaires arabes. En plus de l’héritage
pas si lointain de la décolonisation ottomane, un autre événement
fondateur est à l’origine de tous ces soulèvements : la grande crise
économique mondiale de l’année 2008, dont l’épicentre fut localisé
quelque part sur Wall Street en la cité de New-York et dont les
secousses telluriques se répandirent comme une traînée de poudre sur
l’ensemble de la planète.

Dans une tentative désespérée de parer les effets de cette crise du
système monétaire et financier impérialiste international, les
puissances néo-coloniales se tournèrent vers leurs néo-colonies du tiers
monde et exigèrent par l’intermédiaire de la Banque mondiale et du
Fonds monétaire international que ces pays absorbent le coût de toute
cette gabegie monétaire (des milliards de capitaux venaient de s’envoler
en fumée et l’on souhaiterait que les riches soient les seuls à assumer
cette faillite !). Les gouvernements arabes à la solde se mirent
consciencieusement au travail et accrurent la pression sur la force de
travail régional, accentuèrent la dilapidation des ressources naturelles
nationales, accélérèrent le bradage des biens et services publics aux
entreprises privées monopolistes occidentales, jetèrent des centaines de
milliers de jeunes diplômés sur le pavé, cependant que l’inflation
faisait des ravages et rendait les biens de première nécessité quasi
inaccessibles aux populations multiethniques paupérisées.
Dans tous les pays arabes la petite-bourgeoisie nationale, ce corps
franc de la grande bourgeoisie, ce rempart contre l’insurrection
populaire, fut frappée et appauvrie ; c’est elle qui donna le signal de
la révolte et qui organisa les premiers soulèvements populaires. Mais
sans organisation révolutionnaire et sans direction révolutionnaire, ces
révoltes furent facilement récupérées et dévoyées de leur route et de
leurs mots d’ordre économiques et démocratiques (pain, travail, dignité,
fin de la tyrannie).
à suivre





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